
La Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL) entre officiellement dans une nouvelle phase de son histoire ce vendredi 8 mai 2026 à Douala, capitale économique du Cameroun, à la faveur d’une cérémonie solennelle de passation de service entre l’équipe dirigeante sortante et les nouveaux responsables de cette entreprise publique stratégique. La cérémonie, présidée par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, est également marquée par la signature du contrat de performance entre l’État du Cameroun et le nouveau Directeur général de la société, Oumarou Hamandjoda.

Cette installation intervient quelques jours seulement après la signature, le 4 mai 2026, du décret présidentiel créant officiellement la Société Camerounaise d’Électricité par son Excellence Mr Paul Biya. À travers cette décision, les autorités camerounaises entendent engager une profonde transformation du secteur électrique national, longtemps confronté à des difficultés liées aux coupures récurrentes, aux pertes énergétiques et aux tensions financières.
La création de la SOCADEL fait suite au rachat par l’État camerounais des 51 % de parts détenues par le fonds britannique Actis dans ENEO, marquant ainsi la fin du processus de privatisation engagé depuis 2001. Cette renationalisation traduit la volonté du gouvernement de reprendre le contrôle stratégique du secteur énergétique afin de garantir un service public de l’électricité plus performant, plus transparent et davantage accessible aux populations et aux entreprises.

La nouvelle équipe dirigeante mise en place devra relever plusieurs défis majeurs. À la tête du Conseil d’administration, Antoine Ntsimi aura pour mission d’accompagner la gouvernance de l’entreprise dans ce contexte de transition. Ancien ministre des Finances et économiste reconnu, il devra travailler aux côtés du Directeur général Oumarou Hamandjoda et du Directeur général Adjoint, Jean Basile Ekobena, tous deux présentés comme des profils expérimentés du secteur énergétique camerounais.

Selon les autorités, la SOCADEL est appelée à assurer la production, le transport, la distribution ainsi que la commercialisation de l’énergie électrique sur l’ensemble du territoire national. Dotée d’un capital social de 43,9 milliards de FCFA, l’entreprise devra notamment améliorer la qualité de service, renforcer les capacités de production et lutter efficacement contre la fraude à l’électricité, dont les pertes sont estimées à plusieurs dizaines de milliards de FCFA chaque année.
Le diagnostic posé par Gaston Eloundou Essomba est d’ailleurs sans équivoque. La SOCADEL hérite d’une situation technique et financière préoccupante, marquée notamment par un déficit critique de production d’énergie dans les régions septentrionales et par la fragilité du réseau électrique dans la partie sud du pays. Face à cette réalité, le ministre a insisté sur la nécessité d’une rupture immédiate, affirmant que le statu quo n’est plus envisageable au regard des attentes pressantes des ménages et des entreprises. « Le client est roi », a rappelé le membre du gouvernement, appelant les nouveaux responsables de la société à replacer la satisfaction des usagers au centre des priorités.
Pour relever ce défi, le gouvernement a fixé une feuille de route d’urgence au nouveau management. Pour Gaston Eloundou Essomba au nouveau Directeur général « vous ne disposez ainsi que d’un délai de 100 jours pour engager des actions fortes capables d’améliorer les performances de l’entreprise, avec pour priorités l’augmentation des recettes, la réduction des charges d’exploitation et le renforcement du recouvrement des créances. »

Le chantier s’annonce cependant complexe pour les nouveaux dirigeants. Le secteur électrique camerounais fait face à d’importantes difficultés financières avec des charges mensuelles évaluées à 44 milliards de FCFA contre environ 31 milliards de recettes. À cela s’ajoutent les délestages récurrents, les variations de tension et les contraintes techniques sur plusieurs axes de transport d’énergie, notamment le corridor Edéa-Douala qui alimente le principal bassin économique du pays.
Dans ce contexte, le gouvernement annonce plusieurs mesures de redressement, parmi lesquelles la restructuration de la dette, la réduction des coûts d’exploitation, le règlement progressif des arriérés de paiement de certaines administrations publiques ainsi qu’un renforcement des investissements dans les infrastructures énergétiques. Les autorités espèrent également améliorer l’accès à l’électricité et soutenir la compétitivité des entreprises camerounaises à travers cette nouvelle réforme.

Face à ces défis relevé par le MINEE lors de la cérémonie d’installation , les premiers mots à la presse, du nouveau Directeur Général de la SOCADEL sont clairs « …assurer l’équilibre financier du secteur, étant entendu que SOCADEL est le pilier du secteur. Donc nous allons assumer et assurer correctement ce rôle et cette responsabilité. »
Avec la mise en service officielle de la SOCADEL, le Cameroun ouvre ainsi une nouvelle page de son développement énergétique. Les attentes restent fortes aussi bien du côté des ménages que des industriels, dans un contexte où l’amélioration durable de l’offre électrique est considérée comme un levier essentiel de croissance économique et de stabilité sociale.
