
Comprendre de l’intérieur le circuit de collecte, de tri, de transformation et de valorisation des déchets plastiques pour mieux informer l’opinion publique. C’est l’objectif de la journée d’immersion organisée vendredi 7 août 2026 par la Fondation camerounaise des consommateurs (FOCACO) au sein d’Ecogreen Recycling, entreprise présentée comme un acteur majeur du recyclage des plastiques au Cameroun. Une forte délégation de professionnels des médias a ainsi découvert les différentes étapes du processus industriel, sous la conduite du Président Exécutif de la FOCACO, Alphonse Ayissi Abena, accompagné du président du Syndicat national des journalistes indépendants du Cameroun (SYNAJIC), Alex Koko A Dang.

Cette descente sur le terrain intervient dans le prolongement de la conférence de presse organisée le 20 juillet dernier par la FOCACO autour de l’arrêté conjoint MINMIDT/MINEPDED du 8 décembre 2025. Ce texte prévoit notamment l’incorporation d’un quota de 30 % de PET recyclé local dans la fabrication des bouteilles en PET à compter de décembre 2026. Pour la FOCACO, l’enjeu est de permettre aux journalistes de mieux appréhender les réalités techniques, économiques et environnementales qui accompagnent cette nouvelle exigence.


Il est environ 9h40 lorsque la délégation franchit le portail de la première unité d’Ecogreen. Elle est accueillie par le Directeur général Administratif, Ali Chaabi, entouré de plusieurs responsables de l’entreprise. Première étape : la zone de tri de la matière première. Les bouteilles collectées y sont séparées suivant leur taille et leur couleur. Les bouchons et autres éléments indésirables sont également isolés afin de faciliter les opérations de transformation.
Dans cette chaîne, certaines matières présentent toutefois des limites de valorisation. Les bouteilles ayant notamment contenu de l’huile rouge ne peuvent, selon les explications fournies aux visiteurs, être intégrées au même processus de recyclage. Les déchets plastiques sélectionnés sont ensuite compactés en blocs pouvant atteindre environ 200 kilogrammes, avant de poursuivre leur parcours industriel.
La deuxième escale conduit les journalistes au cœur de l’unité de transformation. Après les consignes de sécurité et l’équipement approprié, la délégation découvre successivement les zones de lavage, de rinçage, de tri, de découpage et de purification. Les produits semi-finis passent par différentes opérations destinées à éliminer les impuretés. Des équipements de chauffage interviennent également dans certaines phases du processus.

La visite se poursuit vers la zone de production des granulés. Dans cette partie stratégique de la chaîne, les techniciens expliquent que la matière fait l’objet de contrôles réguliers. Dans les laboratoires, les échantillons sont analysés afin de vérifier leur pureté et leur conformité aux exigences de qualité. Les granulés obtenus constituent ensuite une matière première destinée à différentes applications industrielles ( préformes).
À l’issue de l’immersion, Ali Chaabi présente à la presse les capacités et les ambitions d’Ecogreen Recycling.

L’entreprise dispose actuellement d’une capacité annoncée de 8 000 tonnes de PET recyclé par an. Une deuxième unité en cours de montage devrait, selon la direction, porter cette capacité à 16 000 tonnes annuelles.
Ces chiffres prennent une importance particulière dans le contexte de l’entrée en vigueur prochaine du quota de 30 % de PET recyclé. Selon les estimations présentées, une production annuelle de 900 millions de bouteilles représenterait environ 22 500 tonnes de matière. L’incorporation de 30 % correspondrait ainsi à quelque 6 750 tonnes de PET recyclé. La capacité actuelle annoncée par Ecogreen serait donc, théoriquement, suffisante pour couvrir ce besoin.

Sur le plan environnemental, l’entreprise affirme que les eaux utilisées au cours des opérations de lavage et de recyclage sont retraitées. Les résidus qui ne peuvent être valorisés sont, quant à eux, confiés à des structures spécialisées. Ecogreen met également en avant sa politique sociale, affirmant que ses employés sont affiliés à la CNPS, bénéficient d’une couverture maladie et passent des visites médicales à leur recrutement puis périodiquement.

Autre élément présenté aux médias : la montée en puissance des compétences camerounaises. La direction assure que la majorité des techniciens sont désormais Camerounais, y compris dans le montage de la deuxième unité. Elle précise également que le promoteur de l’entreprise est Camerounais, en réaction à certaines informations circulant sur sa nationalité.

Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent. La collecte des déchets plastiques, les relations avec certaines collectivités locales, le coût de la matière première recyclée et la fiscalité environnementale figurent parmi les principales difficultés évoquées. Pour la direction, il est notamment essentiel d’éviter que le PET recyclé devienne plus coûteux que le PET vierge, ce qui pourrait ralentir le développement de l’économie circulaire.
Ecogreen revendique par ailleurs environ 800 emplois directs et estime son impact global à 6 000 à 7 000 emplois directs et indirects, en intégrant notamment les acteurs intervenant dans la collecte des déchets plastiques.
La visite s’est achevée par une immersion chez l’un des partenaires intervenant dans la production des granulés destinés à être transformés en différentes formes de produits. Une dernière étape qui a permis aux professionnels des médias de suivre le parcours de la matière recyclée jusqu’à sa préparation pour de nouvelles utilisations.
À travers cette initiative, la FOCACO entend ainsi rapprocher les médias des réalités de l’économie circulaire et les inviter à jouer pleinement leur rôle dans la sensibilisation du public. Au-delà du simple recyclage, l’enjeu est désormais de construire une véritable chaîne de valeur autour du plastique, capable de réduire les déchets, de créer des emplois et de soutenir la transition écologique au Cameroun.

