
Si certains saluent l’initiative du Maire de la Ville, Dr Roger Mbassa Ndine, visant à renforcer la sécurité routière, d’autres expriment des réserves sur les modalités d’application des mesures. Entre adhésion, inquiétudes sur les contrôles et manque d’information, les réactions des acteurs du secteur sont partagées.
La sécurité routière s’invite au cœur des préoccupations de la municipalité de Douala. Le jeudi 15 octobre 2026, le lancement des opérations de sensibilisation et de contrôle des conducteurs de motos-taxis et de tricycles marque une nouvelle étape dans la volonté de la Communauté urbaine de Douala (CUD) de mieux organiser la circulation dans la capitale économique. Cette démarche, annoncée par le maire de la ville, Dr Roger Mbassa Ndine, vise à responsabiliser les conducteurs, à réduire les risques d’accidents et à améliorer la mobilité urbaine.

Pour mesurer la perception de cette initiative sur le terrain, nous sommes allés à la rencontre de plusieurs conducteurs de motos-taxis, de propriétaires de tricycles et de responsables associatifs directement sur leurs points de stationnement, notamment au marché Sandaga, à Ndokotti, au marché Dakar et à Mambanda. Les échanges révèlent des réactions contrastées : si certains approuvent le renforcement des règles de sécurité routière, d’autres s’interrogent sur les modalités d’application des mesures et déplorent un manque d’information préalable.
Dans son communiqué, le maire de la ville porte à la connaissance des conducteurs de motos-taxis et de tricycles, de leurs passagers ainsi que de l’ensemble des usagers de la voie publique que ces opérations de sensibilisation doivent se dérouler sur l’ensemble du territoire de la ville de Douala.
Les actions portent principalement sur le respect des feux tricolores et des règles de circulation routière, le port obligatoire du casque de protection ainsi que l’interdiction de conduire en babouches ou avec des chaussures inadaptées. Les conducteurs de motos-taxis sont également encouragés à porter des chaussures fermées et la chasuble réglementaire permettant leur identification.

Par ailleurs, les motos-taxis et les tricycles doivent disposer de rétroviseurs et de clignotants en bon état de fonctionnement, conformément à la réglementation en vigueur. Les automobilistes sont également invités à respecter les consignes de sécurité et de circulation données aux différents carrefours concernés par l’opération.
Pour mener cette campagne, des équipes mixtes associant la Police municipale, les ambassadeurs du bon ordre urbain et les représentants des organisations de conducteurs de motos-taxis sont chargées de sensibiliser les usagers au respect des prescriptions en vigueur.
La Municipalité précise que ces mesures ne visent nullement à entraver les activités de transport par motos-taxis et tricycles, mais plutôt à protéger les vies humaines, à réduire les risques d’accidents et à favoriser une circulation plus sûre et mieux organisée.

Sur les points de stationnement, Thomas, conducteur de moto-taxi et membre du Syndicat national des conducteurs de motos-taxis du Cameroun (SYNAMOCAM), se montre favorable à cette initiative municipale. Pour lui, chaque conducteur doit prendre ses responsabilités et exercer son activité dans le respect des règles établies.
« Si tu as décidé de faire la moto, fais bien ton travail, prends soin de ta moto, porte des chaussures fermées, sois en règle et respecte les feux. Pourquoi certains conducteurs de motos-taxis décident-ils de ne pas respecter les feux ? Le maire a bien fait ».
Pour illustrer son propos, il compare le respect du Code de la route aux règles de vie en communauté. Selon lui, un conducteur doit se conformer aux prescriptions en vigueur, tout comme une personne est tenue de respecter les règles de la maison dans laquelle elle se trouve.
Toutefois, Thomas met en garde contre d’éventuels abus lors de l’application des mesures. Il souhaite que les agents chargés des contrôles agissent dans le respect des règles, sans profiter de l’opération pour exercer des pressions sur les conducteurs.
Rencontré également sur son point de stationnement, Raoul, surnommé « le Mignon des Babanas », partage l’avis selon lequel certains conducteurs doivent revoir leur comportement sur la route. Il déplore notamment le non-respect des feux tricolores et l’utilisation de chaussures inadaptées pendant la conduite.
« Oui, Monsieur le journaliste, le Maire a bien fait. Certains de mes frères dérangent et ne respectent jamais les feux. D’autres portent des sandalettes sur des motos qui coûtent 400 000 ou 500 000 FCFA. Vraiment ! ».
Cependant, son adhésion à la démarche municipale connaît une limite lorsqu’il est question de la chasuble. Le conducteur exprime son désaccord concernant celle qu’il identifie comme étant de type MTN.
« Mais, Monsieur le journaliste, pour la chasuble, si c’est celle de MTN, là, vraiment, je te dis que je ne suis pas d’accord, et c’est tout ».
Cette réaction souligne la nécessité de clarifier les prescriptions relatives à la tenue réglementaire des conducteurs afin d’éviter les incompréhensions. Si le principe de la sécurité routière recueille son approbation, certaines modalités pratiques restent donc sujettes à discussion.
Le manque d’information préalable constitue également une préoccupation pour certains responsables associatifs du secteur. C’est notamment le cas de M. Rodriguez, Président d’une association de conducteurs de motos-taxis regroupant des ressortissants d’un groupe socioculturel de la région de l’Ouest.
Rencontré dans le cadre de cette enquête de terrain, le responsable associatif, qui n’a pas souhaité donner davantage de précisions sur son organisation, reconnaît avoir découvert l’annonce sur les réseaux sociaux sans en mesurer immédiatement la portée.
« J’ai vu ça sur Facebook, mais j’ai cru que c’étaient des blagues. Oui, mon petit journaliste, il s’agit de quoi ? » .
Après avoir reçu des explications sur les grandes lignes de l’opération annoncée par la mairie, il se montre disposé à relayer l’information auprès des membres de son association.
« Ah, d’accord ! Je vais expliquer à mon association lors de la réunion de dimanche ».
Cette réaction met en lumière le rôle que peuvent jouer les organisations de conducteurs dans la diffusion des informations relatives à la sécurité routière. Elle montre également que certains responsables associatifs n’avaient pas encore pleinement connaissance des mesures annoncées.
La mobilisation des associations pourrait ainsi contribuer à mieux faire connaître les prescriptions, à dissiper les incompréhensions et à favoriser une meilleure appropriation des règles par les conducteurs concernés.
Du côté des propriétaires de tricycles, l’opération suscite également des interrogations. Pierre, propriétaire de deux tricycles utilisés pour le transport de marchandises au marché Sandaga, affirme ne pas avoir été informé de cette initiative.
« Ils font leurs choses, personne n’est au courant. Après, leurs agents vont brutaliser les gens ».
Son témoignage traduit une inquiétude concernant la communication autour de l’opération et les conditions dans lesquelles les contrôles seront effectués. Pour lui, les acteurs du secteur devraient être suffisamment informés avant le déploiement des équipes sur le terrain.
Cette préoccupation rejoint celle exprimée par certains conducteurs qui craignent que les opérations de contrôle ne donnent lieu à des tensions avec les agents municipaux.
Dans ce contexte, la sensibilisation apparaît comme une étape essentielle. Elle doit permettre aux conducteurs de comprendre les prescriptions, de connaître les équipements exigés et de prendre conscience des risques liés au non-respect du Code de la route.
Christian, ingénieur en bâtiment et responsable d’une moto, salue lui aussi l’initiative du Maire de la Ville. Il émet néanmoins des doutes sur la capacité de certains conducteurs à respecter systématiquement les feux tricolores.
« C’est une belle initiative que je salue. Mais, bro, dis-moi, tu penses qu’un conducteur de moto-taxi peut vraiment respecter les feux ? Moi, je ne crois pas. Pour le reste, oui ».
Pour lui, le comportement des conducteurs aux intersections constitue l’un des principaux défis à relever. Au-delà des équipements et de la tenue réglementaire, il estime que le respect des feux tricolores doit devenir un réflexe pour tous les usagers de la route.
Son témoignage pose ainsi la question de l’efficacité de la sensibilisation face aux habitudes de circulation. L’enjeu consiste à transformer les prescriptions en comportements quotidiens, afin de réduire les risques d’accidents et de faciliter la cohabitation entre les motos-taxis, les tricycles, les automobilistes et les autres usagers.
Au terme de ces échanges recueillis directement sur les points de stationnement des motos-taxis et des tricycles, un constat se dégage : plusieurs acteurs interrogés reconnaissent la nécessité de renforcer la sécurité routière, mais des interrogations subsistent quant aux modalités pratiques de l’opération.
Le respect des feux tricolores, le port des équipements réglementaires, la diffusion de l’information et la crainte d’éventuels abus figurent parmi les principales préoccupations exprimées. Les réactions de Thomas, Raoul, Rodriguez, Pierre et Christian illustrent la diversité des perceptions au sein du secteur.
Pour la Communauté urbaine de Douala, l’enjeu sera de concilier fermeté dans l’application des règles, pédagogie auprès des usagers et transparence dans les contrôles. La mobilisation des associations et des organisations de conducteurs pourrait également jouer un rôle déterminant dans la diffusion des prescriptions et l’adhésion des acteurs concernés.
À Douala, la sécurité routière ne saurait reposer uniquement sur les contrôles. Elle exige également le civisme, la responsabilité et la collaboration de tous. La réussite de cette opération dépendra autant de l’application des règles que de la capacité des autorités et des acteurs du transport à instaurer un dialogue constructif pour une circulation plus sûre et mieux organisée.
