
Face aux défis de mobilisation des ressources publiques, le gouvernement camerounais mise sur le renforcement des capacités des acteurs de terrain. Réunis à Douala ce 10 juin 2026, les responsables des services centraux et déconcentrés participent à un séminaire de sensibilisation et de formation consacré à l’amélioration de la collecte des recettes non fiscales. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, représenté par Madame Zenabou Mali, épouse Hamadou Bakary, en présence du représentant du Directeur Général du Budget.

Pour l’exercice 2026, l’État ambitionne de mobiliser 400 milliards de FCFA de recettes non fiscales. Cet objectif intervient dans un contexte marqué par des performances en deçà des attentes au cours des dernières années. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment la faible appropriation des nouvelles mesures réglementaires, l’insuffisance des mécanismes de recouvrement ainsi qu’une maîtrise parfois limitée des procédures par certains acteurs de terrain.
Cette rencontre rassemble notamment les responsables des services déconcentrés de l’État, parmi lesquels les délégués régionaux et départementaux des différents ministères, les ordonnateurs, les contrôleurs financiers, les régisseurs de recettes ainsi que plusieurs responsables administratifs impliqués dans le recouvrement des recettes non fiscales.
Dans son allocution, la représentante du Gouverneur a salué l’initiative et l’engagement du Ministère des Finances en ces termes : « Permettez d’abord que je puisse saluer l’action menée par l’excellence Monsieur le Ministre des Finances aujourd’hui, qui regroupe aujourd’hui deux régions à savoir le Littoral et le Sud-Ouest. N’est-ce pas c’est dans le cadre du renforcement des capacités des administrations sectorielles, dans le cadre de recouvrement des recettes non fiscales. Disons aujourd’hui que cette action vient non seulement renforcer les capacités mais également optimiser et suivre comment sont gérées ces recettes fiscales inscrites dans le projet de loi des finances de l’exercice 2026. »
Dans son intervention introductive, le représentant du MINFI a relevé que, malgré des performances en hausse, le PSREP fait face à plusieurs contraintes opérationnelles. Celles-ci sont notamment liées à une collaboration parfois difficile entre ordonnateurs et comptables, au maintien des paiements en espèces, ainsi qu’à un déficit de statistiques fiables pour l’exercice 2026, conséquence du retard dans l’application de la nomenclature de juillet 2025.
Pour y remédier, des mesures correctives ont été intégrées au Plan d’Action Annuel. « Elles portent sur l’accélération de la numérisation des paiements avec la Direction Générale du Fonds (DGF), le rappel de l’échéance du 30 juin relative à la taxe sur la pêche industrielle, ainsi que la désignation en cours de nouveaux points focaux à la Direction Générale des Impôts (DGI) afin d’améliorer le suivi des recettes. Ces actions visent l’atteinte d’un objectif global estimé à 11 500 000 000 FCFA, pour lequel l’appui du Ministère des Finances est fortement sollicité ». Explique ALBERT BRICE AWONO, représentant du MINFI.

L’initiative s’inscrit dans la stratégie gouvernementale visant à améliorer les performances de collecte des recettes non fiscales, considérées aujourd’hui comme un levier essentiel pour le financement des politiques publiques et des projets de développement.
Pendant cette journée de séminaire, sous la houlette du représentant du Directeur Général du Budget, les points focaux ont présenté aux participants les nouvelles mesures de la Loi de Finances 2026 relatives aux recettes non fiscales. Les échanges ont également porté sur les procédures de recouvrement, les mécanismes de suivi des performances ainsi que les outils destinés à améliorer l’efficacité de la collecte sur le terrain.
Parmi les exposés marquants, AMOUGOU EKATA’A, Chef Service du Budget au MINESUP, a présenté les avantages de l’application TRESOR PAY dans la gestion des recettes non fiscales. Selon lui, « l’utilisation de l’application TRESOR PAY par les usagers des services de recettes non fiscales vise à suivre en temps réel toutes les opérations financières sur une période donnée. Ce système repose sur une collaboration étroite entre la CAMPOST et l’ensemble des acteurs concernés (directions ministérielles, régisseur et plateforme électronique). L’objectif final est de garantir un suivi optimal de la collecte et une évaluation fiable de la performance du recouvrement ».

Cette présentation a permis aux participants de mieux appréhender les mécanismes de digitalisation mis en place pour renforcer la traçabilité des opérations, sécuriser les recettes de l’État et améliorer la transparence dans leur gestion.
Pour l’exercice 2026, conformément à la circulaire du Ministère des Finances visant à optimiser le recouvrement des recettes non fiscales, cet atelier est organisé pour accompagner le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural dans la mise en œuvre de huit nouvelles recettes issues du secteur phytosanitaire. Pour ce fait un exposé a été présenté par TEGUIA Bernard, Point Focal RNF au MINADER, qui a souligné l’importance de cette réforme pour élargir et sécuriser les bases de mobilisation des recettes agricoles.

Les participants ont également été édifiés sur les mesures nouvelles inscrites dans les Lois de Finances 2024, 2025 et 2026 au titre des recettes non fiscales du Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF). Les experts ont expliqué que ces réformes ont permis de revaloriser et d’élargir les recettes issues du secteur forestier et faunique. Cette évolution s’explique notamment par la nécessité d’actualiser les taxes sur la faune sauvage, restées inchangées depuis 1996, ainsi que par le déploiement de la plateforme numérique SIGIF2 destinée à optimiser le traitement des données du secteur.
Le séminaire a également permis de mettre en lumière les perspectives du Ministère de la Communication (MINCOM) en matière de mobilisation des recettes non fiscales. Présentant les orientations de son département ministériel, ATOUBA MINSE Léonce Davy, représentant du MINCOM, a souligné l’engagement du ministère à poursuivre ses réformes réglementaires et technologiques dans le cadre de sa stratégie de modernisation.
Selon lui, « la dématérialisation des procédures constitue un levier majeur pour renforcer la transparence et la traçabilité des flux financiers. Il a indiqué que le MINCOM nourrit de fortes ambitions pour l’exercice 2026, avec un objectif de croissance budgétaire particulièrement important, les recettes devant passer de 82 millions de FCFA en 2025 à plus d’un milliard de FCFA. »
Pour concrétiser cette ambition, le représentant du MINCOM a lancé un appel à la mobilisation de l’ensemble des services centraux, des délégations régionales et des partenaires techniques afin de consolider durablement le dispositif de recouvrement des recettes non fiscales. Cette vision vise à faire du secteur de la communication un acteur financièrement plus autonome, capable de contribuer davantage au développement du Cameroun tout en soutenant les principes d’équité, d’inclusion et d’accompagnement des médias.
Dans son exposé, OUSMANOU MBOUDAI, Chef des Services des Marchés au Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (MINEFOP), a présenté les mesures prises pour optimiser et sécuriser le recouvrement des recettes non fiscales liées aux travailleurs de nationalité étrangère. Le document officiel met en avant la vulgarisation de la Loi de Finances 2025, le recrutement d’un consultant pour l’élaboration d’un référentiel des salaires, l’actualisation du fichier national des travailleurs étrangers à l’horizon 2026 ainsi qu’un plan de suivi-évaluation sur le terrain.
Il est également rappelé que, « conformément à la réglementation de mars 2026, l’ensemble de ces recettes doit désormais être exclusivement recouvré via la plateforme sécurisée TRESOR-PAY, garantissant ainsi une meilleure traçabilité et une sécurisation renforcée des opérations financières. »
Dans le cadre des orientations relatives au MINMIDT, il a été souligné que « la réussite des nouvelles mesures de la Loi de Finances 2026 repose sur une appropriation effective des procédures, une coordination renforcée entre les acteurs impliqués et un suivi rigoureux du recouvrement afin d’accroître durablement les recettes non fiscales du MINMIDT. »

Le séminaire a également permis d’aborder la contribution du Ministère du Tourisme et des Loisirs (MINTOUL) à la mobilisation des recettes non fiscales. Présenté par M. SALÉ ADAM, Point Focal RNF/MINTOUL, il a été indiqué que le secteur du tourisme dispose d’un fort potentiel encore sous-exploité. Il a souligné que l’amélioration des performances repose sur une meilleure structuration des circuits de recouvrement, un renforcement de la traçabilité des opérations et une dynamisation des mécanismes de suivi. Selon lui, « la performance du secteur passe également par une coordination accrue entre les acteurs et une appropriation efficace des outils de gestion financière afin de maximiser les recettes non fiscales. »
Dans une optique d’élargissement des recettes non fiscales, le Ministère des Relations Extérieures (MINREX), avec l’appui du MINFI et de la Primature, a instauré des frais d’enregistrement et d’examen pour les demandes d’autorisation des associations étrangères. Selon ATANGANA BAPA Jules Alexandre, Point Focal chargé du suivi des recettes non fiscales au MINREX, » cette mesure repose sur un cadre juridique fondé sur la loi de décembre 1990, rappelant que ces associations ne peuvent exercer leurs activités sans autorisation préalable du Ministre de l’Administration Territoriale, après avis favorable du MINREX, la demande devant être déposée par les fondateurs ou leurs mandataires. »
« Les recettes non fiscales du Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT), instituées par la loi de finances 2025, concernent la sécurité privée, les armes et les jeux. Elles visent à renforcer la régulation, notamment le renouvellement des autorisations de port d’armes de plus de cinq ans, afin d’améliorer le suivi des détenteurs et la sécurité.
Pour 2026, aucune nouvelle mesure n’a été adoptée, mais des propositions sont en préparation pour élargir l’assiette de ces recettes dans la loi de finances 2027. »
Nwaha Benoît, point focal chargé du suivi des recettes non fiscales au MINAT.

Après les échanges très intéressants qui ont suivi les exposés les intervenants , conclurent que « ces innovations devraient contribuer à une meilleure mobilisation des ressources publiques tout en renforçant la gestion durable des ressources naturelles. Le principal défi demeure toutefois le renforcement des capacités des différents acteurs afin d’optimiser le recouvrement de ces recettes et d’assurer une application efficace des nouvelles dispositions sur le terrain. »
À travers ce séminaire, le gouvernement entend renforcer les compétences des administrations concernées afin d’améliorer l’application des textes en vigueur et l’efficacité du recouvrement. Cette démarche s’appuie notamment sur la Circulaire N°0001877/C/MINFI du 31 décembre 2025, qui prévoit un accompagnement renforcé des administrations dans la mise en œuvre des nouvelles dispositions relatives aux recettes non fiscales.
Au-delà de l’aspect formatif, les autorités souhaitent instaurer une meilleure coordination entre les différents services, renforcer le suivi des performances et favoriser le partage des bonnes pratiques. Le déploiement de cette initiative dans les dix régions du pays traduit la volonté de l’État de faire des services déconcentrés un maillon essentiel de la mobilisation des ressources publiques.
À terme, l’amélioration de la collecte des recettes non fiscales devrait permettre d’accroître les capacités d’investissement de l’État et de soutenir plus efficacement la réalisation des projets de développement au bénéfice des populations.
