
La route vers une agriculture « zéro déforestation » est désormais tracée, et le biochar s’impose comme l’un des leviers les plus prometteurs pour y parvenir.
C’est l’une des principales conclusions de l’atelier sur l’utilisation du biochar dans la culture du cacao au Cameroun, tenu ce mercredi 15 avril 2026 à Douala, dans un hôtel de la place, en présence de nombreux acteurs institutionnels, techniques et producteurs.

Réunissant les autorités en charge, notamment le MINADER, le MINEPDED, l’IRAD, ainsi que des cacaoculteurs, des experts-comptables et des spécialistes du secteur, ces échanges ont été conduits par le Pr Brink, Directeur de la conservation et de la gestion des ressources naturelles au MINEPDED. À ses côtés figuraient Clotaire Nguimgo Alikou du MINADER, Alain Bernard Ononino, Directeur pays du WWF Cameroun (Fonds mondial pour la nature), Aimé Njiakin, Directeur général de Net Zero, ainsi que Jean Paul Nlend Nkott, Commodity Lead et Senior Cacao Expert WWF.
Au cœur des discussions, les résultats des expérimentations menées à Mintom, dans le sud du Cameroun, ont été largement partagés. Des témoignages de producteurs sont venus illustrer concrètement l’impact du biochar sur le terrain.
« Dans les premiers moments d’utilisation du Biochar, sur les parcelles il n’y avait pas de changement immédiat, bon juste par manque de pluies, et beaucoup se plaignaient mais, dans la continuité et l’arrivée des pluies le Biochar utiliser ces espaces sont devenus vivants, avec l’efficacité du Biochar, à l’heure actuelle les autres en demande », témoigne un cacaoculteur de Mintom.
Une autre productrice renchérit :
« Pour moi le Biochar a aidé à relancer mon champ, mon champ était mis en repos pendant 2 ans, j’ai utilisé le Biochar la première fois ça donne un peu, j’ai continué maintenant je suis très contente de la qualité et quantité je dis merci à WWF et Net zéro aux Ministères tutelle. »
Ces témoignages vivants confirment l’efficacité du biochar dans la culture du cacao au Cameroun. Pour Jean Paul Nlend Nkott, « comme eux plusieurs en expérimentent et sont satisfaits, le Biochar est un produit miracle ».
Face aux défis croissants du changement climatique et de la dégradation des sols, cette solution ancestrale remise au goût du jour suscite un immense espoir. L’atelier de Douala a permis de partager ces résultats encourageants à travers des exposés, des ateliers en groupe et des essais agronomiques, faisant de l’expérience de Mintom un véritable tremplin pour une ambition nationale.

Les objectifs de la rencontre étaient clairement définis : identifier les besoins techniques et financiers pour multiplier les essais dans d’autres zones agroécologiques ; lever les obstacles à la production et à la diffusion du biochar à grande échelle ; et établir un cadre de concertation permanent entre chercheurs, entreprises, ONG et pouvoirs publics, notamment le MINADER, le MINEPDED et le MINCOMMERCE.
Revenant sur la genèse du projet, Alain Bernard Ononinole explique :
« Le projet est né d’un partenariat stratégique signé en décembre 2023 entre Net Zero et le WWF, visant à promouvoir le biochar comme amendement biologique du sol. Produit par la pyrolyse de biomasse (décomposition thermique en l’absence d’oxygène), le biochar est bien plus qu’un simple engrais. »

Clotaire Nguimgo Alikou et Aimé Njiakin précisent quant à eux :
« L’initiative vise à revitaliser les terres en détresse pour améliorer la fertilité des sols, augmenter les rendements et favoriser la résilience environnementale. »
Dans une intervention détaillée, Alain Bernard Ononino ajoute :
« Cette rencontre porte sur la présentation des résultats scientifiques de l’expérimentation du biochar à Mintom, dans le sud du Cameroun, afin d’harmoniser la compréhension de ses bénéfices entre les secteurs public, privé et les producteurs. L’initiative vise à identifier les opportunités et les défis liés à l’extension de cette technologie à d’autres zones agricoles, tout en évaluant les besoins nécessaires pour un déploiement à l’échelle nationale. Les premiers retours de Mintom soulignent une amélioration significative de la qualité et de la résilience des sols face au changement climatique, entraînant une meilleure productivité et, par extension, une hausse des revenus pour les agriculteurs. Enfin, l’implication des partenaires institutionnels est jugée cruciale pour élaborer un cadre politique et réglementaire favorable à une adoption effective du biochar sur l’ensemble du territoire. »
Au-delà de la productivité agricole, le biochar s’inscrit dans une lutte globale contre le réchauffement climatique.

Le biochar est un charbon végétal stable, produit par pyrolyse (décomposition thermique sans oxygène) de résidus organiques entre 350°C et 1000°C. Utilisé principalement comme amendement de sol, il améliore la fertilité en retenant l’eau et les nutriments, stocke durablement le carbone dans la terre, et réduit les gaz à effet de serre.
Il favorise la séquestration du carbone et contribue à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. « WWF ne ménage aucun effort pour soutenir des initiatives pareilles, aux côtés de l’État, des partenaires techniques et institutionnels », souligne Alain Bernard Ononino.
Dans sa prise de parole, le Pr Brink met en lumière les enjeux réglementaires :
« L’enjeu n’est pas seulement écologique, il est aussi économique et réglementaire. Avec l’entrée en vigueur de la Règlementation de l’Union Européenne contre la Déforestation (RDUE), le Cameroun doit s’adapter.Cette loi interdit l’importation de produits issus de terres déboisées, rendant impérative la restauration des vieilles plantations cacaoyères plutôt que l’extension vers de nouvelles zones forestières. »
Aimé Njiakin complète :
« Le biochar apparaît ici comme l’outil idéal pour revitaliser ces vergers vieillissants et garantir la conformité du cacao camerounais sur les marchés internationaux. »
Du côté du MINADER, Clotaire Nguimgo Alikou insiste sur l’accompagnement des producteurs :
« L’introduction du biochar au Cameroun représente une évolution majeure vers une fertilisation durable et respectueuse de l’environnement. En s’appuyant sur la technique de la pyrolyse, cette méthode vise à enrichir les sols en matière organique, rompant avec la dépendance exclusive aux engrais chimiques pour préserver la santé des terres cultivables, notamment dans la filière cacao. Pour garantir l’adoption de cette technologie par les agriculteurs face aux défis du changement climatique, le ministère mise sur son réseau décentralisé et ses chefs de postes agricoles afin de renforcer les capacités des producteurs directement sur le terrain. »

La méthodologie de l’atelier a reposé sur des exposés et un travail en groupes autour de deux thématiques majeures : le processus d’homologation du biochar comme amendement agricole au Cameroun, et les approches pour accélérer son adoption par les producteurs dans les différents bassins de production.
Ces échanges ont abouti à l’élaboration d’un rapport stratégique destiné aux autorités publiques. Par sa qualité et la richesse de son contenu, ce document fédère l’ensemble des acteurs autour d’une vision commune.
Le biochar bénéficie de toutes les autorisations nécessaires. Déjà homologué le 16 juin 2023, il dispose d’une mise en conformité du MINADER, d’un certificat de conformité délivré le 7 septembre 2023, ainsi que d’un agrément pour exercer l’activité n°499 du MINCOMMERCE, en date du 9 août 2024.
À travers cette dynamique, le WWF et ses partenaires entendent transformer durablement le paysage agricole camerounais, en conciliant sécurité alimentaire, amélioration des revenus des producteurs et préservation des écosystèmes.
