
Sous le haut patronage de l’Ordre National des Médecins du Cameroun (ONMC), la Société Camerounaise de la Sécurité et Santé au Travail (SCSST) a réuni, ce lundi 22 décembre à Douala, les professionnels du secteur à l’occasion d’un atelier technique consacré à la contribution à la révision des textes régissant la santé et la sécurité au travail au Cameroun.

Les travaux, prévus pour une durée de trois jours, visent à moderniser un cadre réglementaire jugé largement dépassé.
Dès l’ouverture de l’atelier, le Président national de l’ONMC, Dr Fankoua Rodolphe, a dressé un constat sans équivoque.
« Les textes régissant la santé et la sécurité au travail au Cameroun, en vigueur depuis près de 50 ans, sont devenus obsolètes et inadaptés à l’évolution des risques industriels actuels. Élaborés à une époque où la médecine du travail n’était pas encore reconnue comme une discipline à part entière, ils ne répondent plus aux standards internationaux, notamment ceux de l’Organisation internationale du travail (OIT) », a-t-il déclaré.

Selon lui, cette situation a favorisé des pratiques non conformes, affaibli le rôle du médecin du travail et réduit la santé au travail à une approche essentiellement curative, au détriment de la prévention.
Coordonné par le Président de la SCSST, Dr Joseph Silvère Kaptué, cet atelier technique ambitionne de formuler des propositions concrètes pour l’actualisation du dispositif légal et réglementaire.

« La sécurité et la santé au travail ne peuvent plus être abordées avec des textes conçus pour une autre époque. Le nombre de professionnels a considérablement augmenté, les compétences se sont diversifiées et les risques se sont complexifiés. Il est indispensable de disposer d’un cadre juridique moderne, clair et opérationnel, qui valorise l’expertise des acteurs du domaine et favorise une véritable culture de prévention au sein des entreprises », a souligné le Président de la SCSST.
La cérémonie d’ouverture s’est tenue sous la supervision du Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale (MINTSS), représenté par Dr Eyoum Doualla Bruno, Directeur de la santé et de la sécurité au travail. Celui-ci a insisté sur la nécessité de bâtir des normes adaptées aux réalités locales et aux mutations du monde du travail.

« Les normes de santé et de sécurité au travail doivent être conçues à partir des réalités concrètes des entreprises et du contexte actuel. Face à l’évolution industrielle, aux plaintes enregistrées et aux nouveaux défis comme la pollution, il ne suffit plus d’appliquer mécaniquement des textes anciens », a-t-il expliqué.
Il a également assuré que le ministère du Travail et de la Sécurité sociale s’est engagé à intégrer une vision moderne et dynamique, en phase avec le contexte mondial, afin de mieux encadrer les risques professionnels.
Les échanges ont porté notamment sur l’Arrêté Présidentiel N°15/MTPS du 11 octobre, relatif à l’organisation et au fonctionnement des services médicaux du travail. Structuré en trois chapitres, environ sept sections et 39 articles, ce texte, vieux de près d’un demi-siècle, est unanimement considéré comme vétuste.

« Cet arrêté a été conçu à une époque où il n’existait qu’un seul type de spécialiste dans le domaine. L’un des aspects les plus préoccupants reste le montant prévu pour la sécurité et la santé au travail dans les entreprises, fixé à seulement 850 FCFA, un chiffre totalement obsolète au regard des enjeux actuels », a relevé Dr Fankoua Rodolphe.
Au-delà des accidents du travail et des maladies professionnelles classiques, les participants vont également abordé les risques émergents en milieu professionnel.
« Il faut désormais prendre en compte les risques locaux et psychosociaux tels que la consommation d’alcool, de drogues et de tabac en entreprise, le harcèlement sexuel, les violences au travail et d’autres facteurs sociaux. La médecine du travail a pour mission d’analyser l’ensemble de ces risques », a précisé Dr Eyoum Doualla Bruno, appelant à une réforme profonde des textes existantes.
Ainsi en fin de propos le Président de l’ONMC a mis en avant la portée stratégique de cette rencontre.

« L’atelier de révision des textes constitue une véritable refondation de la santé et de la sécurité au travail au Cameroun. Il vise à aligner la pratique nationale sur les normes internationales, en consacrant la multidisciplinarité et le rôle central du médecin spécialiste en santé et sécurité au travail », a affirmé Dr Fankoua Rodolphe.
Selon lui, cette réforme permettra de promouvoir une médecine du travail essentiellement préventive, fondée sur les principes ergonomiques, afin d’adapter le travail à l’homme, préserver durablement la santé des travailleurs et instaurer un cadre de travail décent et sécurisé.

À travers cet atelier, la SCSST, avec l’appui de l’ONMC et sous la supervision du MINTSS, entend ainsi poser les bases d’une modernisation profonde du dispositif national de santé et de sécurité au travail, au service des travailleurs et du développement durable des Entreprises camerounaises.









