
Sous la présidence du Gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, un atelier interrégional de consultation s’est tenu à Douala ce mercredi 20 août. Après avoir déjà été lancé dans d’autres régions, ce processus vise à recueillir les attentes des acteurs du Littoral et du Sud-Ouest pour l’élaboration du Document de Politique Nationale en matière Foncière, Domaniale et Cadastrale. Une étape clé vers une gouvernance foncière inclusive et durable au Cameroun.
La question foncière demeure l’un des sujets les plus sensibles au Cameroun. Héritée en grande partie du système colonial, la législation actuelle est jugée inadaptée face à la croissance démographique, à l’urbanisation rapide et à la pression croissante sur les ressources naturelles. Ce contexte explique la nécessité d’une réforme profonde visant à moderniser le cadre légal et institutionnel.

C’est dans cette perspective que l’atelier de Douala a réuni des représentants des administrations publiques, des collectivités locales, de la société civile et du secteur privé.
« L’objectif était de recueillir leurs contributions afin de bâtir une politique foncière inclusive« . Comme l’a rappelé Christian Poro, Chef de Projet Local Consultations for an Inclusive Land Policy in Cameroon (LoCIL), la démarche participative est indispensable : les réalités locales doivent nourrir les choix politiques. Pour ce faire, l’ONG Action pour le Développement Communautaire (ADC), avec l’appui de la coalition internationale Rights and Resources Initiative (RRI), a organisé des concertations dans plus de 15 arrondissements du Littoral et du Sud-Ouest, couvrant notamment les départements du Fako, du Moungo, de la Sanaga Maritime et du Wouri.

Les contributions recueillies permettront d’alimenter l’avant-projet de textes fonciers et domaniaux actuellement en préparation. La représentante du MINDCAF, Madame Kamgang Constante Clarisse, dans son discours a insisté sur la volonté du gouvernement de rapprocher la politique foncière des réalités régionales. Selon elle, l’adaptation des textes aux spécificités locales garantira une meilleure appropriation par les populations et une mise en œuvre plus efficace.
Au-delà des aspects purement juridiques, les débats ont mis en lumière les principaux défis que doit relever la future politique nationale : sécurisation des droits fonciers, prévention des conflits liés à la terre, promotion d’un développement durable, préservation de l’environnement et lutte contre la corruption. Ces enjeux sont interdépendants : une gestion foncière transparente est à la fois une condition de paix sociale et un levier de croissance économique.

La réforme camerounaise s’inscrit dans une dynamique continentale. Plusieurs pays africains ont récemment engagé des révisions profondes de leur cadre foncier. Au Rwanda, par exemple, la généralisation du registre foncier numérique a permis de réduire considérablement les litiges et d’améliorer la sécurité des investissements agricoles.
En Côte d’Ivoire, une loi foncière adoptée en 1998 puis renforcée en 2019 vise à reconnaître les droits coutumiers tout en les intégrant dans un système légal moderne. Au Ghana, des initiatives de gouvernance foncière participative ont favorisé la transparence et l’accès équitable à la terre. Ces expériences montrent que la réussite d’une réforme repose sur la combinaison d’outils juridiques solides, d’une gestion numérique des titres fonciers et d’une forte implication communautaire.
Les résultats de l’atelier interrégional de Douala seront intégrés dans le Document de Politique Nationale, avant sa soumission aux hautes autorités de l’État. Une fois adopté, ce document constituera une étape décisive pour le Cameroun. Il devrait poser les bases d’une gouvernance foncière modernisée, transparente et inclusive, condition essentielle à la stabilité sociale, à l’essor économique et au vivre-ensemble harmonieux.
