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Alors que la deuxième édition du Festival International du Manioc « All Kassava 2025 » s’est ouverte à Douala, sous le parrainage et la présidence du Ministre de l’Agriculture et du Développement rural, son Excellence Gabriel Mbairobe, et du Conseil régional du Littoral, le Cameroun cherche à repositionner le manioc comme un levier stratégique de développement agricole et industriel. Mais entre ambitions affichées et réalités de terrain, le passage à l’échelle industrielle reste semé d’embûches.

Présenté comme un pilier de la sécurité alimentaire et de la diversification économique, le manioc bénéficie d’un regain d’intérêt. Portée par l’ONG FADEC, présidée par Mme Yvette Doume épouse Banlog, la plateforme « All Kassava » ambitionne de redorer l’image de cette culture, pourtant omniprésente dans le pays, mais encore marginalisée dans les politiques industrielles.

« Le manioc n’est pas une culture de secours, mais un levier économique stratégique », a martelé la promotrice lors de la cérémonie d’ouverture. Avec une production annuelle dépassant les 5 millions de tonnes, cette racine constitue pourtant une base agro-industrielle sous-exploitée. Ses débouchés sont multiples : alimentation humaine, amidonneries, éthanol, bioplastiques, cosmétiques, alimentation animale, etc.

Malgré ce potentiel, la filière reste peu structurée. Les producteurs, majoritairement de petite taille, manquent d’équipements modernes. Le déficit de mécanisation pénalise les rendements et la compétitivité. Or, toute ambition d’industrialisation nécessite des investissements massifs en infrastructures de production, de transformation et de logistique.

Les infrastructures rurales insuffisantes (routes, électricité, eau) freinent l’accès aux marchés et limitent la rentabilité des initiatives privées. « Il ne suffit pas de produire, il faut transformer à grande échelle pour créer de la valeur », a rappelé le Ministre dans son discours de circonstance.

Le financement reste un défi majeur. Les petits producteurs peinent à accéder au crédit agricole, confrontés à des conditions d’emprunt inadaptées. Par ailleurs, le budget national consacré à l’agriculture reste en deçà du seuil de 10 % recommandé par l’Union africaine dans la Déclaration de Maputo.

L’absence d’incitations claires pour les PME agroalimentaires freine également l’investissement privé dans la transformation du manioc. Faute de garanties, de structuration ou de visibilité sur la rentabilité, peu d’opérateurs s’y aventurent.

Autre facteur limitant : la concurrence étrangère. Le marché camerounais est inondé de produits importés à base de manioc ou de substitution (amidon, farine, glucose), souvent subventionnés. Cette situation fragilise les producteurs locaux, dont les produits sont moins compétitifs.

La particularité de cette édition 2025 du festival réside dans son ancrage dans les politiques nationales de substitution aux importations. Les exposants ont été sensibilisés à la nécessité d’un accompagnement renforcé à travers des mesures fiscales incitatives, des normes techniques adaptées et un encadrement accru de la production locale.

Parmi les voix entendues, celle de Mama Marie, transformatrice venue de Nkongsamba, a vivement interpellé les autorités : « Nous savons transformer le manioc, nous avons les savoir-faire locaux, mais nous manquons d’unités de transformation modernes. Avec un petit appui, nous pouvons créer des emplois et nourrir notre pays autrement. »

« All Kassava 2025 ne doit pas rester un simple événement promotionnel, mais devenir un catalyseur de changement », a déclaré le Ministre Gabriel Mbairobe. Pour lui, la transformation locale, l’amélioration de la chaîne logistique, la sécurisation de l’environnement des affaires et la mobilisation de financements adaptés sont les conditions pour faire du manioc un pilier de l’import-substitution et de l’exportation agroalimentaire.

Le manioc pourrait devenir un véritable moteur de croissance inclusive, en particulier dans les zones rurales où il génère déjà des centaines de milliers d’emplois. Mais pour transformer cette culture de subsistance en une filière industrielle rentable, le Cameroun devra adopter une stratégie multisectorielle, intégrée et durable.

À travers cette deuxième édition du Festival « All Kassava », le pays affiche ses ambitions. Reste désormais à passer de la parole aux actes, pour que le manioc ne soit plus seulement une culture vivrière, mais bien un indicateur de la capacité du Cameroun à valoriser ses ressources locales au service de son développement économique.

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