
Les travaux de l’atelier intersectoriel sur la gestion de la transhumance transfrontalière entre le Cameroun, le Tchad et la République centrafricaine (RCA) se sont ouverts ce jeudi 29 janvier 2026 à Douala, dans un contexte marqué par des enjeux sécuritaires, environnementaux et socio-économiques croissants liés à la mobilité pastorale en Afrique centrale.

La cérémonie d’ouverture a été présidée par Madame Annie Claire Ngo Ongla, Directrice des Pâturages et de l’Alimentation au Ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA), représentant le Ministre, le Dr Taïga. Elle était entourée de M. Abdou Jonathan, coordonnateur du Programme d’Appui à la Réduction des Transhumances Transfrontalières et aux Conflits (PARTTAC) mis en œuvre par la FAO ; de M. Ben Kabagambe, chef de mission du Centre pour le Dialogue Humanitaire (HD) Tchad–RCA ; ainsi que de M. Gérald Tchatchoua Toko, Assistant Représentant de la FAO chargé des programmes, représentant le Dr Antonio Querido, représentant de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) au Cameroun.
Dans son allocution, Mme Annie Claire Ngo Ongla a rappelé que « la transhumance transfrontalière, définie comme le déplacement saisonnier des troupeaux et de leurs bergers au-delà des frontières nationales à la recherche de pâturages propices, constitue une activité économique et traditionnelle d’importance majeure ». Selon elle, cette pratique joue un rôle déterminant dans le développement économique, social et écologique de l’Afrique centrale, tout en contribuant à la sécurité alimentaire et aux moyens de subsistance de millions de personnes.

Toutefois, cette pratique ancestrale est aujourd’hui confrontée à des défis de plus en plus complexes, notamment la pression accrue sur les espaces pastoraux, les conflits liés à l’usage des terres, l’insécurité persistante, les contraintes fiscales, la dégradation des pâturages, les effets du changement climatique, ainsi que les insuffisances en matière de gouvernance. Ces facteurs entravent la mobilité pastorale, fragilisent les éleveurs et menacent la cohésion sociale dans plusieurs zones frontalières.

Face à ces enjeux, la Directrice des Pâturages et de l’Alimentation au MINEPIA a précisé que « l’ambition est de définir des mécanismes communs permettant une pratique mieux régulée, respectueuse de l’environnement, intégrant les questions de genre et favorisant l’engagement des jeunes et des femmes, à travers l’harmonisation des cadres réglementaires entre les trois pays ». Cette approche vise à garantir une gestion concertée et durable de la transhumance transfrontalière.
Cette dynamique s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du Projet PARTTAC, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par la FAO en partenariat avec les gouvernements du Cameroun, du Tchad et de la République centrafricaine. À ce sujet, M. Gérald Tchatchoua Toko a souligné que « la sous-région dispose de l’un des cheptels les plus importants d’Afrique subsaharienne, véritable pilier de nos économies et de nos patrimoines culturels ». Il a ajouté que le pastoralisme transhumant, pratiqué depuis des siècles, demeure un levier essentiel de développement rural, de sécurité alimentaire et d’adaptation aux changements climatiques.

Il a poursuivi en précisant :
« La FAO se réjouit de ces rencontres préparatoires qui visent à structurer le dialogue de haut niveau sur la transhumance transfrontalière. Notre Organisation est fermement engagée à accompagner les États membres dans la promotion de systèmes pastoraux durables et pacifiques. Cela passe par le renforcement des capacités des acteurs, la mise en place de mécanismes de suivi et d’alerte précoce, et l’intégration des considérations climatiques dans la planification pastorale. Les défis sont immenses, mais l’engagement politique dont témoignent ces réunions est un signal extrêmement positif. Nous mettons notre expertise technique au service de la construction de solutions innovantes, fondées sur des données probantes, pour une gestion optimisée des ressources naturelles et une cohabitation harmonieuse entre éleveurs et agriculteurs. »
Pour sa part, M. Ben Kabagambe, Chef de mission du Centre pour le Dialogue Humanitaire, a mis en exergue le rôle de son organisation, spécialisée dans la diplomatie humanitaire privée, dont la mission est de faciliter le dialogue à différents niveaux politique, social, communautaire et interétatique afin de promouvoir une paix durable et une cohésion sociale renforcée. Il a rappelé que la résolution des conflits liés à la transhumance ne peut être efficace sans l’existence d’un cadre réglementaire clair et partagé. « Nous ne sommes pas ici pour réfléchir aux problèmes de la transhumance, mais pour décider comment la réglementer », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité pour les transhumants de comprendre et de s’approprier les règles qui encadreront désormais leurs déplacements.

Au cours de ces deux journées d’atelier, les participants sont invités à examiner le document stratégique élaboré, en vue d’en assurer une appropriation optimale et de l’enrichir à travers leurs contributions.
Ainsi pour M. Abdou Jonathan, coordonnateur du Programme d’Appui à la Réduction des Transhumances Transfrontalières et aux Conflits (PARTTAC) » l’objectif visé est d’améliorer la qualité de ce document et de garantir sa cohérence avec les défis réels auxquels font face les pays concernés et l’ensemble de la sous-région. Cet exercice sera répliqué au Tchad et en République centrafricaine, avant une validation au niveau sous-régional envisagée à N’Djamena dans les prochaines semaines ».
À ce sujet, M. Gérald Tchatchoua Toko a indiqué que « à terme, cette démarche permettra de mettre en place des mécanismes de coordination efficaces, en faveur d’une gestion durable, pacifique et concertée de la transhumance transfrontalière en Afrique centrale ».

C’est dans cette vision que la Directrice des Pâturages et de l’Alimentation a souligné l’engagement du Gouvernement de la République du Cameroun, à travers cet article, « à rechercher des solutions adaptées aux défis de la transhumance transfrontalière en Afrique centrale, dans le but de préserver la cohésion sociale, de renforcer la sécurité, de promouvoir la paix et de consolider la stabilité ».

Avec l’appui du Centre pour le Dialogue Humanitaire, les leçons apprises issues des dialogues communautaires et inter-États seront partagées afin de capitaliser les acquis et d’adapter les approches, renforçant ainsi une stratégie intégrée et inclusive pour la transhumance dans la sous-région.

