
“Mettre des mots sur ces blessures invisibles.” Tel était le leitmotiv de la Conférence nationale sur les violations faites aux femmes, tenue ce dimanche à Douala. Une initiative salutaire portée par l’honorable Nourane Foster, qui a réuni plus de 120 femmes venues de divers horizons pour mettre en lumière les multiples formes de violence visibles ou silencieuses qui minent encore le quotidien de nombreuses Camerounaises. Des participations remarquables ont marqué cette rencontre, notamment celles du représentant du gouverneur, du délégué de la Promotion de la Femme et de la Famille du Littoral, ainsi que la voix précieuse de femmes à mobilité réduite, témoignant de l’importance de rendre ce combat inclusif et représentatif de toutes les réalités féminines.

Dans la salle, des profils variés : cheffes d’entreprises, administratrices, créatrices de mode, influenceuses, commerçantes, toutes unies par un même combat : comprendre, dénoncer et combattre les violences qui freinent l’épanouissement des femmes. La cérémonie a été menée de main de maître par la promotrice de Griote, Mme Clarence Yongo, qui a su orchestrer les différentes interventions avec rigueur et élégance, offrant ainsi un cadre harmonieux et dynamique aux débats.

La journée a été rythmée par une série de débats et partages d’expériences réunis en un vaste parcours thématique : la violation passive et son approche éthique (Panel 1, coordonné par le Dr Mbessa), les violences verbales amplifiées par les réseaux sociaux (Panel 2), les inégalités et leur impact sur la vie des femmes (Panel 3), l’impact des inégalités sur l’autonomisation des femmes (Panel 4), ainsi que le prix du leadership féminin avec ses doutes, humiliations subtiles et remarques sexistes (Panel 5). Tous ces échanges ont mis en lumière la puissance destructrice de mots et d’actes souvent banalisés « encore une fille », « les femmes ne servent qu’à la cuisine », « une femme ne dit jamais non à un homme », « tu es bête, tu ne seras jamais capable » qui blessent, enferment et fragilisent.

Trois personnalités féminines ont apporté un éclairage puissant sur les violences ancrées dans les traditions : l’honorable Marlyse Rose Tongo Douala-Bell, Nfounjou Aïcha, présidente des Femmes Sélectionnées du Noun, et Djaïli Amadou Amal, écrivaine et autrice de cinq romans. À travers les réalités Sawa, Bamoun et sahéliennes, elles ont exposé des pratiques qui continuent de fragiliser les femmes : chez les Sawa, l’honorable Douala-Bell a évoqué la distinction humiliante entre la “première femme” choisie par la famille et la “seconde” choisie par le jeune homme lui-même ; Nfounjou Aïcha a dénoncé les mariages précoces ou forcés encore observés dans certaines localités du Noun et du Sahel ; tandis que Djaïli Amadou Amal a rappelé que « une femme n’est pas seulement une femme ; c’est aussi une mère, un pilier », soulignant les violences psychologiques et symboliques qui persistent malgré les évolutions sociales.

Mme Nfounjou Aïcha accompagné des associations a également porté un message poignant :
« Vous savez, chez nous, plusieurs problèmes touchent encore les familles. Il y a d’abord les tensions entre mamans, auxquelles j’ai moi-même été confrontée. Ensuite, il y a le harcèlement dont sont victimes certains enfants, parfois de la part de leurs propres parents. On banalise des injures comme “tu es noir”, mais pour moi ce sont bel et bien des violences verbales. Nous faisons aussi face au problème du mariage précoce : ce sont souvent les parents qui obligent les jeunes filles à se marier, et cela est considéré comme normal dans notre communauté. Face à ces réalités, notre association mène plusieurs actions : nous conseillons les enfants, nous sensibilisons les mamans, et nous aidons les enfants à poursuivre leur scolarité. Nous vivons même avec certains d’entre eux, ceux qui ne sont pas orphelins mais ont été abandonnés par leurs grands-parents, et nous les envoyons à l’école pour leur offrir une chance d’avenir. »

Mme Djaïli Amadou Amal a également porté un message fort :
« On constate malheureusement une hausse des féminicides malgré des décennies de sensibilisation, ce qui donne l’impression que les avancées en matière de protection des femmes restent insuffisantes. Pendant ces 16 jours d’activisme, mon message aux femmes est clair : il est temps de se lever d’une seule voix et de dire stop. Une insulte est déjà une violence, et une gifle est une gifle de trop. À la première violence, partez, car rester dans l’espoir que “ça ira mieux” peut conduire à devenir un simple numéro de plus dans les statistiques des féminicides. Votre vie ne doit jamais se résumer à un numéro. »
Marie Gabrielle Mfegue, journaliste doyenne dans le domaine culturel, a également pris la parole. En tant qu’actrice et défenseure de longue date de la lutte contre les violences faites aux femmes, elle a présenté ce fléau à partir de son vécu personnel et professionnel. Elle a notamment évoqué le harcèlement subi au travail et les injures reçues sur les réseaux sociaux, illustrant ainsi la réalité concrète des violences modernes et l’importance de créer des espaces sûrs pour soutenir les femmes victimes de ces agressions verbales et psychologiques.

Lors de la conférence, Didier Demassosso, psychologue clinicien, et le Pr Njiengwe Erero ont apporté leur éclairage scientifique sur les mécanismes psychologiques et sociaux des violences faites aux femmes. Selon Didier Demassosso, « Les violences verbales et psychologiques, même lorsqu’elles semblent subtiles ou quotidiennes, ont des conséquences profondes sur l’estime de soi, la santé mentale et la capacité à se projeter dans l’avenir. Les victimes peuvent développer des troubles anxieux, dépressifs ou traumatiques, souvent invisibles pour l’entourage. » Pour sa part, le Pr Njiengwe Erero a souligné que « Comprendre le lien entre traditions, normes sociales et violences structurelles est essentiel pour concevoir des politiques publiques efficaces. La prévention passe par l’éducation, la sensibilisation et la création d’espaces sûrs où les femmes peuvent exprimer leurs expériences et obtenir un soutien réel. » Leurs analyses ont renforcé la dimension scientifique et pratique des échanges, apportant des pistes concrètes pour l’accompagnement des victimes.
Au-delà des constats, cette conférence s’est voulue un espace de guérison, de solidarité et de renaissance. Grâce aux échanges libres et aux témoignages, de nombreuses participantes ont pu mettre des mots sur leurs blessures, parfois pour la première fois.

L’honorable Nourane Foster a tenu à adresser un message fort :
« Je remercie chaleureusement tous les médias présents, car ils permettent de relayer notre voix dans ce combat contre les violences faites aux femmes, des violences qui touchent malheureusement toutes les femmes au quotidien. J’ai souhaité mettre en lumière la violence des mots et du silence, souvent plus destructrices que la violence physique, ainsi que celles ancrées dans nos traditions, nos milieux professionnels, administratifs, numériques, ou encore celles subies par les femmes vivant avec un handicap. En tant que personnalité publique, je fais moi-même face à cette agressivité, notamment sur les réseaux sociaux, et je mesure à quel point elle peut briser une vie ou anéantir une confiance. À travers cette conférence inclusive, nous voulons aider les femmes Camerounaises à : “Mettre des mots sur ces blessures invisibles” Une conférence nationale pour briser le silence autour des violences faites aux femmes.

Selon le Délégué Régional de la Promotion de la Femme et de la Famille (Minproff) pour le Littoral, Mme Gisèle Caroline Ekoh :
« La campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes sera , lancée du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, au 10 décembre, Journée internationale des droits de l’Homme, met cette année l’accent sur la violence numérique, un phénomène en pleine expansion qui touche de nombreuses femmes et filles. Dans le Littoral, où le lancement régional aura également lieu le 25 novembre, les autorités rappellent qu’une femme sur trois subit au moins une forme de violence au cours de sa vie, avec des conséquences graves allant de la perte d’estime de soi aux traumatismes physiques et psychologiques. Elles appellent ainsi les organisations de la société civile, les ONG, les associations et l’ensemble des acteurs communautaires à accompagner le Gouvernement dans la lutte contre ce fléau, devenu un véritable enjeu prioritaire pour la protection des femmes et des jeunes filles. »

En initiant ce rendez-vous national, l’honorable Nourane Foster réaffirme ainsi sa volonté de faire de la lutte contre les violences faites aux femmes un enjeu politique, social et humain. Une démarche qui, selon les participantes, doit se poursuivre et s’élargir afin de transformer durablement les mentalités et les pratiques.
