
La première édition de la conférence AI4AFRICA IGNITION a été officiellement lancée lundi 09 Juin 2025 à Douala par M. Nwaha Iba, Délégué Régional du Ministère des Postes et Télécommunications pour le Littoral, marquant une étape cruciale dans une vision ambitieuse : démocratiser les connaissances et les opportunités liées à l’intelligence artificielle (IA) sur le continent africain.

Dans une salle comble réunissant plus de 300 participants, experts locaux et internationaux se sont succédé pour partager réflexions, chiffres, visions et alertes sur l’avenir de l’IA en Afrique. À la manœuvre de cette initiative : Mme Ervane Tchoumi, promotrice de la conférence, CEO de Nyamga, experte en transformation digitale et fervente actrice de la gouvernance inclusive de l’IA.




« L’IA ne peut pas être importée telle quelle », prévient Mme Tchoumi. « Il faut développer une intelligence artificielle enracinée dans les réalités africaines, adaptée aux contextes locaux, aux enjeux sociaux et aux défis économiques. »
Une conviction partagée par les nombreux experts intervenus. Pour Dr Ongono Atangana Olivier, psychologue, l’appropriation de l’IA par l’Afrique est encore timide. Une étude de 2023 montre que l’île Maurice, en tête des pays africains, n’arrive qu’en 68e position mondiale, suivie de l’Afrique du Sud et du Nigeria. Le Cameroun, lui, est 90e, illustrant un retard notable dans l’adoption des technologies intelligentes.


Le cœur du message est clair : pas de souveraineté technologique sans formation massive. Le délégué du MINPOSTEL pour le Littoral, M. Nwaha Iba, a insisté sur l’urgence de former des formateurs qui à leur tour pourront diffuser les compétences IA. « Il faut créer une masse critique de citoyens capables non seulement d’utiliser mais aussi de concevoir des solutions locales basées sur l’IA », a-t-il déclaré.


Contrairement à l’image simpliste de l’IA réduite à des assistants vocaux ou des chatbots, les intervenants ont insisté sur sa dimension systémique : infrastructures, données, énergie, risques éthiques. Mme Danielle Timmins, Experte en IA éthique et inclusive, a martelé : « Ce que l’on injecte dans l’IA détermine ce qu’on en reçoit. Il faut une IA centrée sur la dignité humaine, pas sur l’optimisation des profits. »
Actuellement, seulement 4 % des données africaines sont intégrées dans les systèmes mondiaux. Pourtant, comme l’a souligné Mme Tchoumi, « les données, c’est le pétrole de demain. Si l’Afrique ne les collecte pas, ne les protège pas et ne les valorise pas, elle continuera de subir les décisions des autres. »
Un exemple frappant a été donné dans le domaine de la santé : les données utilisées dans les recherches pharmaceutiques ne tiennent souvent pas compte des spécificités africaines, ce qui rend certains traitements inadaptés.

« L’IA, ce n’est pas qu’un enjeu technologique, c’est aussi un enjeu de comportement et d’appropriation culturelle », a rappelé le professeur Nour El Houda, Directrice du Pôle Digitalisation à l’Université Ibn Tofaïl (Maroc). Trop souvent, l’IA est perçue comme une technologie occidentale, éloignée des préoccupations locales. Mais c’est justement en se réappropriant cette technologie que l’Afrique peut en faire un levier de développement.
De l’entrepreneur Antoine Nkolo Biyidi, Expert en fintech, au chef de service de l’IA à l’ART Cameroun, Louis Christian Awono, en passant par les universitaires et les praticiens, tous s’accordent au cour du premier panel : » l’Afrique ne doit pas rater la révolution numérique« .
La conférence AI4AFRICA IGNITION est donc plus qu’un événement : c’est un signal fort d’une volonté continentale de ne pas rester simple consommatrice de technologies, mais de devenir créatrice de solutions pertinentes. C’est suivant cette optique que Mme Tchoumi résume parfaitement l’esprit de l’événement en ses mots :

» L’Afrique a raté la révolution industrielle. Elle ne doit pas rater la révolution numérique. L’IA ne peut plus être une affaire d’élite ou d’importation. Elle doit devenir un outil quotidien pour résoudre nos problèmes, former nos jeunes, et affirmer notre souveraineté. »
L’édition 2025 , la Première de AI4AFRICA IGNITION a ouvert une brèche. Reste à transformer l’essai. À l’ère de l’intelligence artificielle, celui qui ne code pas sera codé. L’Afrique choisit, ici, d’écrire son propre algorithme pendant 2 jours.

